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08/08/2017

Réfugiés : un sas d'intégration à Montluçon (article Le Monde)

Pas de français, pas de travail. Pas de travail, pas d'argent. Pas d'argent, pas de maison "… Scotché à l'entrée de l'Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) de Montluçon (Allier), le message rappelle aux vingt réfugiés du lieu la règle d'or de l'intégration. Ici, nul n'est censé ignorer que le chemin qui l'amènera à signer un bail en ville passe par un bon maniement de la langue.

Pas étonnant, dans ces conditions, que mardi 25 juillet, Safi, 24 ans, exhibe avec fierté son niveau B1 de français. Un diplôme qui garantit que le jeune Afghan se débrouille dans sa vie quotidienne, s'exprime sur ses sujets familiers et ses domaines d'intérêt ; mais peut aussi décrire ses projets.

S'il veut être un jour naturalisé français, il lui faudra le B2. En attendant, depuis le 14 avril et son emménagement dans une petite chambre de 7 mètres carrés du centre de formation, le réfugié a franchi un pas de géant. " Ma priorité c'est le français. Pour m'installer et devenir électricien. En Afghanistan je bricolais un peu, mais, là, je vais devenir un vrai professionnel ", explique Safi.

Pour cela, il multiplie les occasions de s'exprimer, comme la ronde du soir où il accompagne l'animateur, juste pour discuter, en plus des cours de français du matin et du MOOC (formation via Internet) qu'il suit l'après-midi. " Le soir, je suis épuisé. C'est très fatigant de faire autant d'heures de langue chaque jour ", dit-il en choisissant soigneusement ses mots.

Arrivé en 2015 en France, il a d'abord rêvé de Londres et connu la " jungle " de Calais, avant d'opter pour la France et de s'ennuyer un an et trois mois dans le centre d'accueil et d'orientation (CAO) de Varennes-sur-Allier. Sa " chance " a été l'incendie qui a détruit le camp de Grande-Synthe, le 10 avril.

Solidaire de la catastrophe, le préfet de l'Allier a battu le rappel pour trouver des lits. C'est lorsque l'AFPA de Montluçon lui en a proposé que Pascal Sanjuan a imaginé un dispositif lui permettant à la fois d'être solidaire de la catastrophe de Grande-Synthe et d'améliorer l'intégration d'une partie des soixante réfugiés bloqués dans le CAO de Varennes-sur-Allier faute d'un niveau de français suffisant.

" Pouvoir se débrouiller seuls "
" Plutôt que d'installer les demandeurs d'asile de Grande-Synthe dans un centre de formation, ce qui n'avait pas grand sens, j'ai estimé plus adapté de les installer, eux, dans le centre d'accueil de Varennes, habitué à ce public, et d'utiliser les places AFPA pour mes réfugiés de Varennes, à qui il fallait un vrai coup de pouce avant de pouvoir se débrouiller seuls dans la vie ", rappelle le haut fonctionnaire. Le " SAS intégration " de Montluçon – s'inspirant du dispositif " structure d'aide à la scolarité " (SAS) de l'éducation nationale –, structure expérimentale qui s'ajoute à quelques autres (notamment dans les Hauts-de-France), était né.

A l'AFPA, on se souviendra longtemps de ce week-end de Pâques 2017 où il a fallu, en trois jours, construire un dispositif avec héber-gement, accompagnement social, formation au français et à un métier. Défi relevé, puisque le directeur départemental, Jean-Nathanaël Foulquier, a pu accueillir Safi, Mohamad et les autres, trente heures après la demande préfectorale.

Son dispositif SAS met en œuvre les grands principes que l'OCDE a édictés en 2016 sous le titre de " Clés pour l'intégration ". Une plaquette mentionnant qu'" il est nécessaire de renforcer la prestation de services comme le logement, le soutien psychologique, la formation linguistique et l'évaluation des compétences (…),rappelle ces recommandations qui ne vont pas encore de soi pour les pays d'accueil, dont la France. A petite échelle, et à titre expérimental, c'est ce que l'Allier a mis en place.

Soirées Scrabble et pétanque
Et, après trois mois, dans leur immense atelier, Abdellah l'Ery-thréen, Mohamad le Soudanais, Khan Agha et Kholam Nabi, les Afghans, s'entraînent à la technique de l'enduit après avoir monté chacun un muret de parpaing. Frédéric Laygue, leur formateur, a l'œil sur leurs gestes et l'exigence d'un ex-artisan pour qui chaque détail compte. Ce pro du bâtiment les remet à flot sur les bases de la maçonnerie.

Comme pour tous ses stagiaires, l'AFPA trouve un financement auprès des professionnels, pour chaque formation. " Pôle emploi prend en charge deux cents heures de français par réfugié, soit autant que ce que leur accorde la France à la signature de leur contrat d'intégration. Après, la Fédération française du bâtiment est prête à embaucher ici soixante personnes, dont une partie de réfugiés ; la restauration cherche elle aussi des aides-cuisiniers et tout récemment, le patron d'une chaîne de garages est venu nous voir, car il a aussi des besoins non pourvus ", se félicite le directeur départemental, qui va ouvrir des remises à niveau en mécanique et en cuisine dès janvier 2018.

Le tissu économique régional devrait permettre d'intégrer les vingt premiers élus du SAS. De soudeur à peintre, en passant par magasinier ou agent de contrôle technique automobile, douze voies leur sont offertes, au choix, sur les six hectares du site, auxquelles s'ajoute la maçonnerie dans laquelle Mohamad et ses amis sont déjà engagés.

Si le chemin de l'intégration passe par la langue et par l'acquisition d'un métier, il emprunte aussi des routes plus informelles. " Tous les soirs, on regarde les actualités régionales à la télé, dit Régis de Lio, éducateur pour l'AFPA. Ensuite, on débat d'un sujet, pour travailler leur français en découvrant la région ", insiste celui qui organise aussi des soirées Scrabble et des concours de pétanque.

D'ailleurs, pour ce sport – prétexte à leur raconter Marseille, sa ville natale –, Régis de Lio a inventé la " doublette intégrative ", qui se compose obligatoirement d'un réfugié et d'un des soixante-sept stagiaires français de l'AFPA, en reconversion ou en formation sur le même site, logés dans le même immeuble. Mélange vertueux qui a permis à l'animateur de ne plus jamais réentendre des " Vive Marine ! ",comme celui qui a résonné dans un des couloirs du foyer au moment de l'arrivée de cette population.

Marie-Laure Robin, animatrice pour l'association Viltaïs, elle, leur explique les arcanes de l'administration française, autre volet incontournable pour pouvoir avancer seul en France. Un programme bien chargé, avec une bonne série d'obstacles à franchir… Mais cette adversité ne les impressionne pas vraiment, heureux qu'ils sont de bénéficier de ce dispositif. Car, si l'intégration des immigrés figurait en bonne place dans le projet présidentiel d'Emmanuel Macron, l'accent mis sur ce point dans le programme gouvernemental, annoncé le 12 juillet, est loin d'épuiser le sujet.

Maryline Baumard



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